Votre carrière d'artiste nous offre 15 albums, un DVD, 3 comédies musicales et des stages de chants. Vous composez vos chansons et il vous arrive parfois d'interpréter celles des autres. Vous chanter également en duo avec bon nombre de grands artistes.

En tant qu'artiste vous êtes auteur-compositeur-interprète et aussi réalisatrice.

Votre vie artistique est magnifique.

Quel regard portez-vous sur votre si belle carrière ?

Je n’ai pas vraiment de regard sur ma carrière, je vis au jour le jour. Aujourd’hui, je suis en pleine création d’un nouvel album qui s’appellera « Femmes » et ma carrière est une succession d’instants présents de bonheur. Non, je n’ai pas de regard sur ma carrière, je suis ce que je suis et je suis en perpétuelle mutation.

La théorie du Big-Bang, dit que le cosmos s’étend perpétuellement, et comme il s’agrandit, il se réordonne continuellement pour garder cet équilibre. Le parallèle peut se faire avec la façon dont l'humain vit et se réalise.

Et bien voilà, je suis moi aussi le Cosmos. Pour moi, ce qui est important c’est d’ouvrir et d’élargir le « chant » et le « champ » tout le temps, c’est de faire des rencontres, des collaborations avec des gens inattendus, et surtout ne pas rester dans un côté figé.

J’ai fait une formation certifiante de 3 ans qui m’a demandé énormément de travail, beaucoup de présence et de recherches dans ma mémoire d’écolière.

Cela me permet aujourd’hui d’animer des stages, d’aider des gens à aller à la rencontre d’eux-mêmes.

Dans « Camargue rouge », cela m’a aussi permis d’aller chercher d’autres voix dans ma voix, d’aller puiser dans les graves, dans les côtés un peu plus tendus, comme les voix tziganes.

J’ai aussi travaillé avec des gens très étonnants comme Tran Quang Hai qui propose le chant diphonique et les chants ethniques, j’ai travaillé avec Mélanie Jackson qui fait le QI Gong de la voix, j’ai également pratiqué le Yoga de la voix.

J’ai travaillé avec des tas de gens dans le but de l’ouverture, car j’ai dans l’idée que nous sommes des êtres illimités et que nos limitations mentales nous empêchent d’être ce que l’on est.

La vie, cela ne peut être qu’une ouverture à ce que fait l’autre, à ce que l’autre peut m’apporter. Et même si je déteste ce que fait ou propose l’autre, je suis persuadée que cela peut m’apporter quelque chose. C’est vraiment l’ouverture. Je m’étends comme le cosmos, mais je me réajuste aussi.

Comme je vous l’ai déjà dit, ma vérité d’aujourd’hui est différente de celle qu’elle sera demain et différente de celle qu’elle était hier.

L’équilibre n’est que dans le mouvement. Regardez, le funambule ne trouve son équilibre qu’en balançant tout le temps. L’équilibre ne peut pas être figé. Cela fait partie des rares choses dont je suis absolument sûre.

Le Carme, Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus décrit la Trinité comme un magnifique mouvement d’Amour entre le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Et la mystique Anne-Catherine Emmerich, dont Mel Gibson a utilisé les visions pour son film, dit que quand elle voit la Trinité, c’est magnifique de vie et d’explosion.

Et bien je l’espère, mais « Heureux ceux qui y croit sans l’avoir vue » !

Vous offrez à votre public les sonorités et les valeurs de bien des cultures du monde, particulièrement dans votre album « EN VOIX » :

  • Nomade : « … Et le cri d’un Touareg a chanté dans ma bouche... »

Celui des Peuls, des Tziganes, des Indiens, des Manouches m’a réveillé... »

  • Ils sont partis de la ville : « ...Ils ont rompu les frontières de la terre... »

  • Femme comme moi : « ...Petite fleur africaine, tu as dix ans à peine

Je te donne mon plaisir et mon ventre qui désire... »

  • Jusqu’au soleil « ...Qu’il soit arabe ou qu’elle soit juive, ça m’est égal. Mais qu’on ne soit pas sur la même rive ça me fait mal ….. Mais prends ma main s’il te semble qu’on est pareil ...»

  • Je veux qu’on s’aime « ...On n’a pas le même pays, la même musique, les mêmes envies. Pourtant ça revient au même, on a le cœur en porcelaine, j’veux qu’on s’aime... »

  • Voix-ci, voix-là  : une phrase en refrain sur les voix des rythmes arabes.

Pouvez-vous nous parler de l’universalité que vous portez dans votre cœur ?

L’universalité c’est mon rêve de vie. Pour moi on fait tous partie d’un mouvement qui nous fait bouger. Pour moi, l’universalité, c’est la conscience que l’on fait partie d’un « tout » et que chaque partie de ce « tout » est indépendante, bien sûr, mais aussi solidaire des autres.

C’est un Sage je crois qui disait quelque chose comme « Lorsqu’une aile de papillon bouge ici, on en ressent le mouvement de l’autre côté de la planète ». Ce sont toutes ces choses qui me rattachent et qui m’attachent à la vie, parce que la vie est mouvement, justement.

Je pense aussi que lorsque je donne quelque chose à quelqu’un, je vais recevoir quelque chose, mais pas forcément de ce quelqu’un, je vais peut-être le recevoir de quelqu’un d’autre, ce sera ce que l’on appelle « le rendu universel ». C’est ce que je crois.

L’essentiel, pour moi, est que dans nos veines nous avons quelque chose de rouge qui coule et qui bouge aussi, et que l’on soit africains, asiatiques, européens, nous sommes tous pareils ….. Quand on voit comment une maman porte son enfant, on voit bien que l’Amour maternel est le même, l’Amour entre les humains est le même, pour moi c’est une évidence.

Je ne suis pas une philosophe, j’écris des chansons, et écrire des chansons c’est dire en quelques mots le fond de sa pensée. Bien sûr, « J’veux qu’on s’aime », je serais capable de taper du pied et de crier « mais faites quelque chose, regardez autour de vous, réagissez et aimez-vous……. » Je sais que c’est de l’angélisme, je sais que c’est puéril, mais malgré tout, je suis comme cela, je suis très utopiste.

Non, je ne trouve pas que ce soit de l’angélisme !

Si tout de même un peu, car j’ai une tendance pathologique à ne pas vouloir voir ce qui n’est pas beau. Je suis myope et astigmate, ma vision est donc forcément déformée et je pense que déjà depuis ma toute petite enfance, je n’ai pas voulu voir le monde tel qu’il se présentait à moi.

Aujourd’hui le monde est malade. A 20 ans, je suis devenue végétarienne, j’écoutais Alain Bombard et René Dumont, les grands écolos de l’époque. On parlait déjà de la couche d’ozone dans les années 70 et même certainement avant. On s’aperçoit aujourd’hui que l’on est dedans, parce que personne n’a voulu prendre la planète en charge. La planète c’est notre chose, disent certains ! Et bien non, on est la chose de la planète. Pour moi c’est clair. Cela m’énerve énormément lorsque je vois des gens qui ne prennent pas soin de la planète et qui considèrent la planète comme une poubelle.

Ce qui m’énerve encore plus c’est la diffusion aujourd’hui d’une culpabilisation effrénée de l’individu. « Si la planète est malade, c’est de ta faute ». Et bien non !! Ce n’est pas de ta faute ! C‘est la faute des gouvernements, des pouvoirs, du monde industriel. Selon des statistiques, si même demain chacun faisait l’effort absolu pour dépenser moins en CO2, on n’arriverait même pas à faire bouger les choses, car cela ne vient pas de nous, mais des pays, des gouvernants, des industriels.

Je suis très en colère par rapport à ce que l’on veut nous faire croire, par rapport à ce que l’on nous dit, par rapport aux gouvernants, on est en train de nous emmener vers un monde gravissime et il y a très peu de gens qui sont éveillés et qui réagissent, malheureusement. La politique des sans-papiers est insupportable, cela me terrifie vraiment de penser que l’on banalise ces choses-là en les noyant dans une sombritude étonnante, c’est juste insupportable !

Les guerres m’insupportent, et aujourd’hui on pense que l’on vit dans un pays en paix, mais ce n’est pas vrai, c’est une guerre sordide à l’intérieur des gens, il faut être conscient de cela, il faut rester réveillé. Il faut écouter les grands intellectuels qui parlent encore, qui écrivent des bouquins, je pense par exemple à Albert Jacquard, et il faut vraiment faire attention à ce que disent ces gens-là.

Chacun à son ouverture possible. Dans le chemin de chacun il y a des rencontres avec des « Grandes Personnes » qui nous ouvrent des routes, des voies, mais malheureusement, encore une fois, je pense que les chances de chacun ne sont pas égales.

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Aimable retranscription de Michèle V.