Vous avez rencontré Lance White, le petit-fils du chef sioux Jacob White Eye, l'ami du marquis de Baroncelli. Ce chef sioux avait accompagné Sitting Bull, Red Cloud et tous les sioux qui avaient vécu en Camargue. Lors de cette rencontre, vous êtes devenu « Femme aigle au coeur bon » - Wamblee Cante Watche Win. Comment avez-vous vécu cette rencontre ?

cam_rouge_01C’est pareil, c’est vraiment un point très très fort de ma vie, parce que la philosophie et la façon de vivre des amérindiens m’a toujours intéressée, et un jour je me suis retrouvée sur scène avec eux, une troupe d’amérindiens, dont Lance qui était le conseiller en affaires indiennes du film « Danse avec les loups ». Il présentait les danses et les chants traditionnels du Dakota et moi je chantais. A la fin de leur prestation, ils ont invité, comme souvent, le public à venir danser avec eux, et ils sont venus me chercher. Je suis donc allée danser avec eux, et ce côté martelé de la danse et de l’implication à la Terre, c’est vraiment très puissant. A la fin de la prestation, ils sont revenus sur scène, et Lance a commencé à faire des incantations aux quatre directions. La chanteuse qui était là me disait ce qu’il faisait ; il appelait l’esprit des ancêtres, l’esprit des anciens, pour me donner un nom sioux. Il m’a alors donné une plume d’aigle et m’a également donné ce nom de « WAMBLEE CANTE WATCHE WIN ».cam_rouge_02

J’étais dans tous mes états bien sûr, et ce n’est qu’après, lorsque j’ai rencontré Jean Vilane, qui était très documenté sur la venue des indiens en Camargue, que j’ai su que ces gens-là étaient les descendants de ceux qui étaient venus en Camargue avec le Marquis de Baroncelli à la fin du 19ème, début du 20ème siècle. On dit qu’il n’y a pas de hasard, mais c’était quand même très fort.

Vous avez composé les paroles et musiques de la comédie musicale « Camargue rouge » jouée au Festival 2004 de Carpentras.

Ce n’est pas une comédie musicale, c’est un conte. Un conte musical, parce que ce n’est pas fait sous forme de comédie musicale. Il y a un conteur qui raconte l’histoire et moi je fais l’habillage sonore et musical, et je chante.

cam_rouge_04Qu'avez-vous voulu nous offrir à travers cette oeuvre ?

A travers cela, c’est d’abord le respect de l’autre, l’écoute de l’autre, le partage avec l’autre et quelles que soient les traditions et la couleur de peau, parce que le Marquis de Baroncelli était, je pense, un grand visionnaire. Moi je ne le connaissais pas, c’est à la lecture de cette histoire, écrite par Jean Vilane, que je l’ai découvert. Je suis ensuite allée au Musée du Roure à Avignon, pour savoir ce qu’il c’était réellement passé.

Le Marquis de Baroncelli, c’était un noble avignonnais qui vivait en Camargue, c’était un amoureux de l’espace, de la Terre, des éléments. Il vivait à cheval la plupart du temps dans la Camargue de l’époque, dans les marécages, le sel, le vent, la mer.

Il avait pour ami le poète Mistral et il faisait partie des gens qui ont initié aussi la langue provençale sous l’impulsion de Mistral, c’était quand même quelqu’un de fort. cam_rouge_03

Et sur ses terres, il avait déjà accueilli les gitans qui venaient là pour le pèlerinage tous les ans aux Saintes-Marie-de-la-Mer ; pour le culte à Sara. Quand il a su que les indiens d’Amérique n’étaient pas loin, il a tout de suite pensé que c’était le même peuple que les indiens de l’Himalaya. Pour lui, les indiens et les gitans, c’était pareil. Il disait  « que l’on mette une coiffe de plumes à un gitan ou que l’on mette leur attribut à des indiens, ce sont les mêmes ». Cela pose tout de même des questions très intéressantes.

Ces gens-là se sont rencontrés et on peut imaginer que pour les indiens, après les massacres qu’ils avaient subis, se retrouver avec les mêmes gens que chez eux, des cow-boys à l’accent provençal qui les accueillaient, leur apprenaient leurs techniques, des abrivades par exemple, lorsqu’ ils chevauchent avec les taureaux au centre de leurs chevaux, c’est très fort !

On sait aussi d’après les traces que l’on a pu trouver, et que l’on peut voir au Musée du Roure à Avignon, qu’il y a eu une « abrivade » qui s’est passée à Gallargues, un petit village du côté de Montpellier. Ces 3 peuples s'y sont retrouvés pour vivre l’abrivade à cheval. Il y avait les gardians, les gitans et les indiens. Cette abrivade s’est appelée « l’Abrivade rouge », et c’est pour cela que l’on a appelé le spectacle « Camargue rouge ». C’est simplement une envie de reconnaissance de la culture de l’autre, et de son implication dans son acceptation.

Je crois que le message du spectacle, c’est cela. On est différent, c’est vrai, mais je ne reste pas sur ma culture, j’essaie de voir ce qu’il y a dans la tienne qui pourrait se recouper avec la mienne et ce que l’on pourrait en faire. C’est très moderne !

Cela me rappelle une phrase de Jacques Maritain qui me parle beaucoup : « Distinguer pour unir », car c'est en sachant qui l'on est, que l'on peut lui offrir nos richesses à autrui et s'enrichir des siennes.

cam_rouge_05Oui bien sûr, c’est certain !

Et puis il y a aussi l’implication par rapport à la Terre. Dans ce spectacle, on évoque aussi l’épopée Cathare, ce qu’il s’est passé par la suite en Camargue, il voulait faire un Parc Naturel. C’est l’implication par rapport à la sauvegarde de la Terre déjà, c’était il y a tout de même plus d’un siècle.

On évoque le fait que Buffalo Bill, il tuait les bisons, beaucoup de bisons ….. alors que les indiens, eux, demandaient au bison la possibilité de pouvoir l’abattre pour faire vivre la tribu. Ils abattaient un seul bison et pendant toute la saison il vivait sur ce bison. D’ailleurs, ils honoraient le bison pour avoir permis à la tribu de vivre. C’était tout de même une autre énergie.

Oui, je crois d'ailleurs que c'était une façon pour les américains d'humilier les indiens !cam_rouge_06

Ça je ne sais pas, certains américains peut-être ! Je n’ai pas de réponse non plus, je n’ai que des interrogations et des constatations.

Mais Buffalo Bill a tout de même proposé à des indiens de venir en Europe, je ne sais pas comment il les montrait dans son show, les respectait-il ? Je ne le sais pas.

A mon sens, il les respectait à sa manière, mais peut-être pas comme ils auraient mérité d’être présentés. Les grands chefs qui devaient arriver sur la piste devaient ressentir des choses très mitigées. Dans quel esprit ont-ils accepté de le faire ? Je pense que c’est dans un esprit visionnaire, puisque un siècle après on en parle ….

Et maintenant la tradition amérindienne est devenue au premier plan de toutes les tendances ésotériques, spirituelles, chamanistes, etc ….

Est-ce que ce n’est pas aussi grâce à cela !!!! Je ne sais pas ! Ce sont encore beaucoup d’interrogations ………

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Aimable retranscription de Michèle V.