Votre dernier disque « jardins » est principalement l’expression d’une femme chrétienne : « Celui qui vient », « elle tutoie le ciel », « Ave Maria », « Il est lui», « la croix du Sud » et « Unis sont » qui conjuguent vocalement les crédos des 3 religions abrahamiques. Quel est l’élan d’amour que vous voulez lancer à la face des gens ?

C’est vrai que le chant que j’ai appelé « Unis sont », qui utilise « Bismilla » et « Shema Israël » sont des chants qui disent la même chose. Parce que c’est cela qui m’a beaucoup troublée, car « Bismilla al ham doulilla » et  « Shema Israël Adonaï Elohinou » veulent dire la même chose, c’est-à-dire « Dieu est UN ».  Mais quel est le Dieu « qui est un » et  qui n’appartient qu’à telle ou telle religion ? Cela me trouble et cela fait aussi partie de mes colères.

J’ai ensuite écrit « Marie », parce que pour moi il y avait une sensibilité féminine, donc maternelle aussi.

Dès l’instant où il y a eu des dogmes, il y a eu séparation. Si on était resté sur un message d’amour il n’y aurait pas eu séparation, c’est évident. C’est un peu simpliste bien sûr, je ne suis pas philosophe loin de là et je serais incapable d’avoir une discussion avec un philosophe parce que je n’ai pas les arguments. Pour moi ce n’est que le ressenti.

Et je me suis dit que si l’on mêle ces 3 chants-là, cela donne forcément quelque chose de beau esthétiquement, et si c’est beau, c’est bien !

« Elle tutoie le ciel », c’était une chanson pour ma maman, et ma maman est forcément idéalisée parce que c’est ma maman et que je l’aime infiniment.

« Il est lui », c’est encore mon approche de Marie-Madeleine. Un jour je suis allée à la Sainte-Baume et c’est à ce moment-là que cette chanson m’est venue. C’était ce qu’aurait pu dire Marie-Madeleine à Jésus.

« Celui qui vient », c’est aussi l’approche de Jean-Baptiste, celui qui ouvre les portes, celui qui prépare, celui qui nettoie le chemin. Quand on a une part d’audience auprès de gens, on prépare des chemins aussi. Pour moi Jean-Baptiste, c’est celui qui préparait au Nouveau Testament, à l’Amour, au message d’Amour du Christ, c’est quand même quelqu’un de très important.

« La Croix du Sud », c’est un chant que j’ai écrit lorsque je suis allée dans le désert. C’est une constellation, pas n’importe quelle constellation puisque c’est celle qui montre la route aux nomades du désert. J’ai passé des heures à méditer, à regarder la Croix du Sud et à chanter pour elle… Peut-être pour qu’elle me guide vers mes objectifs, vers mon Sud !

Vous savez lorsque j’écris, je n’ai pas l’impression que c’est moi qui écrit. « Quand on est tout en bas on ne peut que renaître » et quand je l’ai écrite j’étais moi-même vraiment tout en bas et que c’est aussi pour moi que je l’ai écrite, donc je n’ai pu que renaître à moi-même et je suis toujours dans cette renaissance 20 ans après...

Quand je parlais tout à l’heure de ne pas s’endormir, je crois qu’être bousculé pour se réveiller, c’est très important, ne pas rester dans l’endormissement pré-mortem.

Est-ce que l’on peut dire que dans la Bible, dans la mesure où on la lit pour soi-même, et s’ouvrir les portes du cœur et de l’esprit, ce n’est pas un lieu privilégié ?

Je n’ai pas une grande connaissance de la Bible, je l’avoue. J’ai lu bien sûr le nouveau Testament et les Evangiles. Ma foi s’est construite avec des rencontres, des bouts de chemins, des fleurs, des cailloux, avec des choses de la nature ….. et comme je le disais précédemment, ma foi m’appartient…

Quand on découvre des choses on a envie de les faire partager aux autres, mais je n’ai pas envie de faire de prosélytisme. Je pense qu’il y a chez chacun d’entre nous une chose qui est visible, c’est la façon dont on vit.

J’ai eu la chance de voir Sœur Emmanuelle, j’ai aussi eu la chance de chanter pour Mère Térésa et de prier avec elle. Cela a été une rencontre très brève, mais extrêmement puissante. Ce qui m’intéresse c’est ce qu’elle est, ce qu’elle a vécu, ce qu’elle a donné en exemple. J’ai envie de faire des choses avec ce que je propose, avec mes chansons. Quand on me dit à la fin de mes concerts « Pendant une heure et 1/2, tu m’as fait voyager, tu m’as fait rencontrer ce que je suis …. ». Pour moi c’est gagné, c’est tout ce que je recherche. « Je n’ai pas envie que tu fasses comme moi, que tu penses comme moi, que tu aies la même voix que moi, j’ai juste envie que cela te donne l’énergie d’aller au-delà de toi ».

C’est aussi ce que je recherche dans mes stages. Je propose des choses auxquelles je crois, qui sont issues des chants méditatifs, des mantras, des danses, de la culture du corps.

J’ai envie que les gens rentrent chez eux en ayant ressenti ce qu’est « se laisser chanter, se laisser porter, oublier le mental ».

Cela peut-être vu comme un lâcher-prise, un laisser-aller, une confiance en soi, confiance en Dieu. Peu m’importe, j’ai simplement envie que l’on ressente cela, comme une réalité corporelle et physique.

Comme s’est passé votre rencontre avec Mère Teresa ?

Je suis partie avec un groupe priant en Inde. Nous sommes allés dans des léproseries, dans des mouroirs, nous sommes aussi allés à Bénarès, sur les gaths qui sont les marches qui plongent dans le Gange et qui servent aux bains rituels; j’ai d’ailleurs pu accomplir le rituel moi-même. Il se trouve que lorsque nous sommes allés dans la Confrérie qui se trouvait là, Mère Térésa était là. Nous avons prié avec elle, et, à la fin du chapelet, j’ai chanté « Marie » bien sûr, et lorsque j’ai eu terminé, elle s’est levée et est venue m’embrasser. C’était très puissant évidemment.

Mais ce qui est encore plus fort pour moi, c’est d’avoir pris dans mes bras et embrassé des mourants et d’avoir pu chanter pour eux, dans un souffle, un murmure. Cela a été très impressionnant.

Il faut bien comprendre que j’étais, à ce moment-là, dans ma réalité difficile d’artiste. Ce voyage m’a été offert et j’avais une obligation de vivre ce voyage au maximum et je l’ai vraiment vécu en goûtant chaque instant.

Et lorsque j’ai pris dans mes bras cette femme, qui était mourante, que j’ai pu lui murmurer quelques mots et chanter pour elle et qu’elle a trouvé la force de lever les yeux sur moi, cela a bousculé toute ma vie. A partir de ce moment-là je n’ai plus eu d’états d’âme de « chanteuse non reconnue » par le show-business… C’était tellement beau, tellement fort !!

De plus, les lépreux sont vraiment à l’écart, personne n’a le droit de les toucher, ils sont dans un vrai ghetto. Et nous, nous sommes arrivés là, on leur a fait des câlins, on les a soignés avec nos mains.

C’était tellement émouvant et beau à la fois de faire tout cela avec ces gens-là qui sont mis au ban de la société. J’ai toujours pensé qu’il fallait que j’aille jusqu’en Inde pour vivre cela, mais on peut très bien le vivre chez nous, car il y a maintenant tellement de gens qui vivent au ban de la société parce qu’ils n’ont plus de reconnaissance sociale entre autres ….

Quand je suis revenue, il m’est apparue que je ne pourrais pas changer les grands malheurs de ce Monde, dans la bande de Gaza, en Tchétchénie, et tellement d’autres choses. Je ne peux rien, parce que je suis Nicole et que j’habite en Ardèche. Mais en Ardèche où ailleurs en France je peux agir, je peux faire des choses et je ne m’en prive pas.

La tendresse est une des belles expressions artistiques que l’on vous connait. Dans « Le lion s’endort », vous chantez :

« TON CŒUR D’HOMME

ME TOUCHE BIEN PLUS ENCORE

QUAND LE LION S’ENDORT »

Le cantique de la Sagesse de la Bible, est une prière pour demander la sagesse. Elle commence par « Dieu de mes pères et Seigneur de Tendresse, par ta parole tu fis l’univers». La tendresse de Dieu semble donc être supérieure à la sagesse. Qu’en pensez-vous ?

 

La Tendresse serait-elle plus importante que la Sagesse ?

Pour moi, la tendresse c’est primordiale ; la tendresse des mots, la tendresse de l’acte, la tendresse des chants, la tendresse du regard, la tendresse du geste…

La tendresse me paraît primordiale dans le rapport Homme-Femme. Là encore je n’ai pas la solution, je sais juste que la tendresse est absolument essentielle.

C’est vrai que lorsque j’ai écrit cette chanson, je ressentais tellement de tendresse inexprimée chez les hommes ; pourquoi y a-t-il toujours ce côté « non, on ne fait pas un geste, non on ne s’embrasse pas », parce qu’un homme ne doit pas faire cela !!…

J’ai l’impression qu’il y a un mouvement de « plus de douceur dans l’Homme », mais j’ai peur que tout cela reparte un peu dans l’autre sens, avec ces montées de violence extrême, parce qu’ils ne sont pas écoutés, pas suffisamment aimés. Encore que, si les hommes sont reconnus en tant qu’humains, ils n’auront peut-être plus envie de tant de violences.

Il y a tellement de tendresse dans ce monde ; une fleur qui s’éveille, un papillon qui sort de son cocon, une feuille qui bruisse, un chat qui cherche votre main pour une caresse, la brise qui vous caresse le visage, c’est d’une beauté, d’une tendresse infinie. Il faut avoir vu cela, il faut avoir pris le temps de le regarder.

Un jour, j’étais sur une place bétonnée, assise sur un banc et il y avait des arbres dont un tout petit arbre autour duquel il y avait un tout petit trou de terre. C’était très impressionnant de voir ce petit morceau de terre au milieu de ce grand espace de béton. Quelle force de vie ! Il y a des tas d’exemples comme celui-ci, regardez les nénuphars qui poussent dans les eaux glauques …

En vous écoutant on pourrait penser à  une nouvelle parabole « Heureux les contemplatifs ».

C’est vrai, je peux passer de longs moments à regarder la montagne, à regarder une herbe, une fleur, à prendre conscience de ma respiration. Je m’accorde le plaisir de le faire.

Prendre conscience de sa respiration, c’est extraordinaire. L’invitation à respirer, c’est ce que je fais dans mes stages. « J’inspire quoi quand j’inspire », et « qui s’en est servi »  et bien toute l’humanité depuis des siècles et des siècles. Quand on prend conscience de cela, c’est incroyable !!!!

On est tout petit, mais on se sent immense en même temps …

J’ai lu un jour que si tout le vide que l’on a dans nos cellules disparaissait, un être humain ne serait même pas visible. Nous sommes faits de vide. Ne serait-ce pas cela Dieu ? Je ne sais pas, je me pose la question…

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Aimable retranscription de Michèle V.