sc_neVous avez travaillé avec des artistes chrétiens comme Daniel Facérias ou Michaël Lonsdale. Quelles complicités avez-vous ?

J’ai une complicité qui n’est pas particulière avec ces gens-là ou avec d’autres artistes. Lorsque je travaille avec quelqu’un, je ne lui demande pas s’il est chrétien, athée ou hindouiste.

La Musique est en soi une porte tellement ouverte sur le monde, sur l’ouverture du cœur et de l’esprit.

En ce qui concerne Daniel Facérias, on s’est perdu de vue, je ne sais pas ce qu’il est devenu, lui non plus d’ailleurs !!! Quant à Michaël Lonsdale, je l’ai rencontré une fois au Festival d’Avignon. On est des humains, des gens de cœur, des gens de l’Être, des musiciens, des gens de scène, on fait des choses ensemble. Voilà !

Je ne choisis pas mes collaborations musicales en fonction de l’appartenance à telle ou telle caste, religion ou politique.

Comment s'est passé la réalisation du disque des chants de Noël ?noel

Ceci est une longue histoire. Il y a une dizaine d’années, j’avais proposé un spectacle de Noël avec des chants du monde, mais je n’ai jamais eu l’occasion de l’enregistrer.

En 2008, j’ai vraiment eu envie de faire cet album. J’ai retrouvé les partitions de ces chants et comme il m’en manquait quelques uns, j’ai rajouté « Nada te turbe » et « Tibie Paiom » qui sont des pièces classiques. Beaucoup de gens les connaissent, et moi j’aime les chanter. J’ai eu envie de les chanter avec une  chorale constituée uniquement de Nicole Rieu ; c’est à dire que j’ai fait toutes les voix, tous les registres. C’est un exercice que j’adore parce que c’est très excitant de pouvoir aller dans le très grave et dans le très aigu et de faire toutes les voix. Cela amène un son un peu particulier, car justement ce n’est pas une chorale,  ce ne sont que mes voix, il y a toujours le même son de voix mais avec mon amplitude vocale.

noel_02Cet enregistrement a été un plaisir total pour moi. J’ai évidemment repris « Noël, chant d’espoirs » que j’avais chanté avec la chorale de la Cathédrale de Chartres, il y a une vingtaine d’années. C'est une reprise de « Amazing Grace » sur laquelle j’avais écrit des paroles adaptées à Noël.  Et bien sûr « La Maison de sable », une merveilleuse chanson qui était sur mon 1er album.

Il y a également des chants de Noël tchèque, suédois, russe, ainsi que des chants argentins qui sont très beaux et que les argentins connaissent bien.

Cela m’a également permis de renouer avec un musicien que j’adore, Jean-Pierre Bluteau, avec qui j’ai travaillé pendant plus de 20 ans et qui a joué sur ce disque-là du charango, du tiplé et de la guitare bien sûr.

Il y a aussi 2 chansons sur lesquelles il y a un violoncelle, il y a du piano et de la flûte joués par Christian Belhomme, qui m’a accompagné lui aussi, pendant de nombreuses années.

L’enregistrement de cet album a été vraiment très festif et très vocal.

Dans « Noël, chants d'espoir », vous interprétez une chanson de Ste Thérèse d'Avila « Nada te turbe ». Avez-vous une intimité particulière avec la spiritualité du carmel ?_028

Non, le Carmel pour moi, c’est quelque chose de « costaud », ce n’est pas pour moi.

Elles sont là, elles existent, et tant mieux parce que le monde a besoin de prières et il ne faut pas compter juste sur nous, pour prier toute la journée. C’est une forme d’incarnation qui est très particulière et que je respecte totalement.

Très honnêtement, ce chant m’a été transmis par un de mes formateurs au cours d’une session de formation. J’ai trouvé cela tellement beau, l’arrangement est absolument magnifique, il n’y a pas de mot pour le définir, et quand on le chante on n’a pas envie que cela s’arrête….

Je suis une adoratrice du chant méditatif ; donc chanter une phrase assez courte avec des paroles qui élèvent, et le chanter, le chanter, le chanter des heures, c’est quelque chose de magnifique.

_029C’était Thérèse * qui disait je crois, « Chanter, c’est prier 2 fois » et j’abonde absolument dans ce sens-là. Quand on fait du chant méditatif, le mental se coupe tout de suite, c’est vraiment extraordinaire.

Je le développe largement dans les stages que je propose parce que c’est un outil formidable de l’instant présent et de reliance avec la Terre et avec le Ciel.

NDLR : * Il s'agit de St-Augustin qui a écrit très exactement : « Qui bien chante, deux fois prie ».

C’est l'expérience que l'on peut vivre à la communauté de Taizé, où l'on trouve par la beauté des chants, la dimension d'une spiritualité douce et pacifiante.

Oui, mais c’est seulement dans l’écoute, mais lorsque vous le pratiquez je vous assure que c’est fort. Je me suis dis d’ailleurs, qu’un jour il faudrait que je  fasse l’expérience, pas seule mais à plusieurs, mais il faut qu’un jour nous chantions pendant 8 heures d’affilée le même chant et voir ce qu’il se passe, ce que cela apporte. Je ne l’ai jamais fait aussi longtemps, mais cela doit vraiment amener, comme je le disais aussi des danses indiennes. La danse c’est puissant pour sortir du mental et de notre égo et permettre de sortir totalement du mental et c’est vraiment des expériences fort intéressantes à vivre.

Lorsque j’étais en formation de moniteur de colo, il m’est arrivé de vivre une expérience de ce genre, lors d'un atelier poésie.

La musique de Vivaldi était en boucle, et dans cette atmosphère de méditation redondante, on citait des mots, on récitait des poèmes, et en fin de compte on s’était totalement déconnecté. On ne s’en rendait pas compte et quand les autres sont arrivés, j’avais vraiment le sentiment d’avoir ingéré quelque chose, je n’étais pas moi-même, j’étais un peu cotonneux ….comme mes autres camarades.

Oui bien sûr, mais je pense qu’il est très important que le corps fonctionne lorsque l’on fait cela, parce que justement, on peut rester un peu trop avec nos racines célestes et oublier que l’on a des racines terrestres.

Lors de mes stages, quand je propose un chant à option méditative, je propose toujours un mouvement physique en même temps, pour garder la relation à la Terre. Mais il n’y a pas de danger à être cotonneux et à être dans une réalité spirituelle, simplement il ne faut pas y rester, parce que l’on est des humains, on est incarné et il faut revenir.

Les danses d'Israël, que j'ai eu l'occasion de faire, me semblent plus féconde et très spirituelle.

Oui, c’est vrai. J’ai pratiqué cela avec une personne qui donne des cours de danses sacrées et c’est particulièrement agréable.

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Aimable retranscription de Michèle V.