03Parmi les textes bibliques de sagesse, où notre cœur et notre esprit, puisent une sainte inspiration, se trouvent le "Livre de la Sagesse" et "Siracide" (encore appelé "Ben Sirac le Sage" ou "l'Ecclésiastique", selon les traductions). Mais d'où vient la Sagesse ?

La prière pour la demander - Sg9 nous dit où elle se trouve :"Donnes-moi la sagesse assise près de Toi !"

Le Père André-Marie, moine, éducateur, écrivain, poète, potier est emprunt de la sagesse de Dieu. Il accueille depuis quarante ans, les plus paumés dans la "Demeure" à Croixrault (80). On peut penser qu'il connaît particulièrement le poids de la vie dans ses joies et ses peines. Est-ce pour cela que chacune de ses paroles, dans la pertinence de son choix, a un sens fort et oriente vers Dieu ? Ainsi, nous conduit-il vers Dieu, lui-même, vers Dieu en nous, par ce regard intérieur qu'il stimule, et vers les autres qui sont nos frères et sœurs en humanité.

L'expression d'une telle sagesse n'est pas donnée à tous, et celle du Père André-Marie rappelle l'intention spirituelle de ceux qui ont écrit les livres de la sagesse de la Bible : une transformation de l'intérieur.

Les mains d'Abba nous façonnent et ses paroles nous pénètrent. Les mains et les lèvres de Dieu nous créées à un aujourd'hui de la Bonne Nouvelle, émanant d'un cœur brûlant, passionné et miséricordieux.

La poterie qui vient d'être façonnée est un objet beau mais fragile. Ne faut-il pas passer des mains d'Abba, à son cœur bien-aimant, pour devenir consistant et utile...pour devenir l'exceptionnel et le tous les jours, pour Lui et pour nos frères et sœurs ?


Père André-Marie, on peut lire sur ton site ces quelques lignes de présentation :

« Prêtre, moine, potier, sculpteur, conférencier, écrivain, peintre, André-Marie multiplie ses activités pour lutter contre la misère : "Si nous avions plus de vie intérieure, le trop plein de notre tendresse changerait le monde...’’ »

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Au travers de toutes ces parties de toi que tu fais fleurir pour ton prochain André-Marie, tu te fais yeux, lèvres, bouche, cœur, tendresse, main, comme Jésus, d’une façon ou d’une autre pour toucher, de façon aimante nos parties infirmes…

Un chrétien ne doit-y pas être comestible de la sorte ?

C’est pas facile de se laisse bouffer par les autres, mais ça fait 40 ans qu’à la Demeure, je le vis ; et dans cette maison j’ai hébergé plus de 30 000 paumés ou de gens en difficultés. J’ai eu le bonheur de rencontrer à travers eux le visage de Jésus Miséricorde. Parce qu’il n’y a que dans la misère que l’on peut rencontrer l’un des vrais visages de Jésus. 06

C’est tellement vrai que dans l’évangile, Il s'identifie aux plus pauvres : « Tout ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ».

Et quel bonheur je vais avoir de me retrouver à Madagascar dans quelques temps, vraiment avec les plus pauvres dans les prisons et les léproseries ; et surtout chez le Père Pédro, pour voir et recevoir ce que notre humanité a de plus beau : des sourires, de la joie, des partages, de la bienveillance, de la bonté…

Là-bas, les enfants ne sont pas tristes. Là-bas les enfants ne pleurent pas. Là-bas les enfants n’ont qu’un rêve c’est d’aller à l’école pour pouvoir s’en sortir et même souvent, ils ne veulent plus de vacances. Et là-bas, dès qu’ils rentrent de l’école ils se mettent à travailler avec papa et maman pour les aider à subvenir aux besoins de la maison. Voilà qu’ils peuvent aider les parents.

Ca n’est plus comme ça ici chez nous. Je vais à Madagascar pour me réconcilier avec mon humanité, parce qu’ici ce n’est pas toujours drôle.

C’est beau cette importance d’un réseau d’humanité. On n’est soi-même que par la mixité des ethnies, des races, des peuples…

07Oui, c’est vrai, c’est cette mixité qui est pour nous un partage. S’il n’y avait que des riches, que des grands, ou des petits on serait toujours aux mêmes niveaux les uns par rapports aux autres. Et j’ai découvert que c’est souvent les pauvres qui viennent réveiller en nous ce qu’il y a de meilleur, parce qu’on a tous envie de donner ou de partager.

Ce matin j’entendais à la radio que lorsque l’on voit un malheureux dans la rue il faut aussitôt faire un numéro d’appel d’urgence. Mais non ! C’est pas un fonctionnaire au bout du fil qui va répondre à ton besoin urgent d’aimer, c’est toi qui va y répondre tout de suite dans l’instant. Et après tu peux faire appel à des organes officiels, mais il faut d’abord se mouiller soi-même, il faut d’abord faire quelque chose tout de suite dans l’instant.

Maintenant !

Main Tenant !

Au sein de notre société matérialiste, le passage nécessaire de l’avoir à l’être, n’est-il pas une violence vitale que l’on doit s’infliger à soi-même, pour être touché en réalité, par le cœur du message de l'Évangile ?

On s’aperçoit bien avec les problèmes qu’il y a à l’heure actuelle, comme ceux de la bourse, que ce n’est pas09 le matériel qui va nous faire avancer. Au contraire, c’est lorsque l’on a tout perdu, qu’on a tout gagné. Il m’est arrivé combien de fois dans ma vie de redémarrer complètement à zéro. Plusieurs fois. Des dizaines de fois. Quand on est venu mettre le feu à la première Demeure que j’avais mis 15 ans à restaurer, où j’avais fais 800 tonnes de torchis. Et bien le quart d’heure d’après, je rêvais déjà d’une nouvelle maison, plus grande, que je construirais moi-même. Comme je n’avais pas d’argent, ce sont des pierres de récupération dont je me suis servis, des vieilles traverses de chemin de fer que j’ai sculpté. Et c’est la raison pour laquelle la maison est si belle. C’est parce que quand tu récupères une vieille pierre sur un chemin, elle a tout un passé d’existence et voilà que j’ai cherché à la rendre plus belle encore, en la mettant dans un mur à l’endroit où elle était belle d’elle-même. Pas de ce que j’y avais mis moi-même. Quand on construit un mur et Dieu sait si toute ma vie j’ai construit, j’ai bâti, la plus petite pierre est aussi importante que la plus grosse. Retires une petite pierre au bas du mur et il va s’écrouler. Retires en une grosse, il va s’écrouler aussi. Chacun à sa place !

Et j’ai découvert aussi que travailler ensemble, se fatiguer ensemble, rêver ensemble, c’est un bonheur extraordinaire. C’est Camus, je crois qui disait : « Mettez des ennemies au pied d’un mur, quand le mur sera construit ils seront devenus amis. Et on construit le mur de la liberté, de la tendresse, de la bonté, de la bienveillance.

A travers toutes les fois où tu as reconstruit toutes tes maisons, est-ce qu’on ne peut pas penser que c’est le symbole de l’humanité. Que tu as reconstruits les cœurs des gens que tu as rencontré ?

01Je dis cela d’une autre façon lorsque je suis à mon tour de potier. L’argile a absolument besoin d’être malaxé, pour pouvoir être bien souple et être façonné. Et une bonne argile bien malaxé en une minute prend la forme d’une cruche ou d’un pichet. Et je crois que notre humanité est en train d’être malaxé par les évènements et même par la violence. Malaxer la terre c’est la violenter, c’est l’écraser et la faire reprendre forme. Et bien notre humanité est en train d’être malaxée je l’espère pour pouvoir être plus souple à l’appel qui est de rendre l’homme heureux. Et cela ne peut pas se faire sans des périodes obscures ou des périodes de souffrances ou des périodes d’ombres. D’ailleurs dans l’un des livres que j’ai écrit : « Apprivoise ta souffrance », j’essaye de dire que la souffrance je ne l’ai jamais recherché mais que quand elle était là, je me suis dis que c’était là une occasion d’évoluer. Je ne connais pas beaucoup d’occasions d’évoluer autres que celles où l’on est dans des moments pénibles. Ca nous donne envie d’aller voir ailleurs et ailleurs c’est au dedans de nous, c’est dans le secret de son cœur.

Dans une émission que je faisais à Radio Notre-Dame intitulée : « Sors de ton labyrinthe », j’ai essayé d’expliquer qu’il ne faut pas essayer de sortir du labyrinthe ; il faut rentrer au cœur du cœur du labyrinthe. Là on trouve le cœur de Dieu. On trouve La Présence !

Il y a quelques minutes, lors d’un coup de téléphone qui nous a interrompu, tu disais que les gens cherche une solution en dehors d’eux.

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Oui, dans bien des cas, les gens pensent que c’est quelqu’un d’autre qui va leur apporter la solution. On peut simplement cheminer avec eux, leur donner la main, leur parler de nos propres expériences et des solutions qu’on a pu trouver dans la vie.

Et leur donner envie.

En Vie… d’aller descendre là où il y a le secret de Dieu, à l’intérieur d’eux-même.

J’aime beaucoup parler de la porosité de Dieu. Dieu se laisse transparent au bien comme au mal. Et quand dans une de mes poteries qui n’a été cuite qu’à basse température, j’ai une argile poreuse. Si je met à l’intérieur de cette poterie de l’eau ramassée dans le ruisseau, de l’eau polluée, elle va s’écouler à travers la poterie et va sortir claire. A l’intérieur la poterie garde la laideur et la mal, garde les saletés qu’il pourrait y avoir dans l’eau.

Et bien Dieu se laisse transparent, entièrement à tout ce qu’il y a dans le monde et quand il se redonne c’est de l’eau bien claire qui sort. Il a gardé le mal à l’intérieur de lui. Il l’a annulé. Il l’a purifié, il l’a pardonné.

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J’aime beaucoup jouer sur les mots et un Don c’est aussi un Par-Don c’est aussi un Aban-Don. Et quand on s’abandonne, même à la souffrance, quand on accepte de lâcher prise, on est à l’écoute de l’Esprit-Saint. Parce que c’est cette énergie qui est en nous et elle est grande. Elle est quotidienne. Elle est humble.

J’aime beaucoup ce passage de la messe : « Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

L’agneau c’est le plus petit du troupeau, le dernier né, le plus faible et le plus fragile. Et il est plus fort que Monsieur Georges Bush. C’est lui qui va sauver le monde.

Qu’as-tu à dire aux lectrices et lecteurs de La Bonne Nouvelle pour éveiller en eux cet appel à la Tendresse ?

Artisanat_au_1er__tageLa Bonne Nouvelle ce n’est pas quand on a éliminé les mauvaises nouvelles. Car lorsque l’on lit la Bible, l’histoire du peuple de Dieu, c’est remplie de guerres, de violences, de viols et de drames. Et au travers de tout cela, il y a une Bonne Nouvelle qui passe c’est que l’homme est aimé de Dieu. Et ce qu’on doit faire, ce qu’on doit dire, l’attitude qu’on doit avoir ça doit être cette envie que les autres nous voyant vivre et nous entendant parler, devinent qu’il y a quelqu’un derrière nous. Qu’il y a une énergie d’amour qui nous pousse. La seule chose qu’on puisse faire pour les autres c’est qu’ils se posent question en nous voyant vivre. Parce que la réponse ils ne la trouveront qu’en eux. Ce n’est pas nous qui pouvons la leur donner.

Dieu est sans « Pourquoi ? ». Celui qui même dans des prières de demande, se sert comme d’une chandelle pour chercher quelque chose qu’il a perdu et lorsqu’il l’a trouvé et bien il rejette la chandelle. Dieu n’est pas une chandelle, mais celui qui nous permet de trouver. De trouver quoi ? De trouver soi-même en Dieu. Il est la chandelle et aussi l’objet qu’on a perdu. Et quand on le retrouve c’est l’émerveillement réciproque de lui et de moi. S’imaginer pouvoir émerveiller Dieu !

Dieu est sans « Pourquoi ? »…peux-tu nous expliquer cette perle ?84

Ce qui existe, existe pour le simple plaisir d’exister. C’est le père Teilhard de Chardin qui disait : « Tout ce qui existe a conscience d’exister ». Un arbre a une conscience végétale d’exister, une pierre a une conscience minérale d’exister, un animal a conscience d’exister. Y-a-t-il beaucoup d’homme qui ont la liberté et qui se servent de cette liberté pour avoir conscience d’exister. Être des existants…être des créatures reliées à un Créateur et reliées de façon tellement intime que Jésus nous dit : « Voici que je viens à ta porte et je frappe ». Et si tu m’ouvres j’entrerais chez toi. Pour souper, Moi près de toi… et Lui près de moi. on est invité à un repas en tête à tête avec le Seigneur. Comme des amoureux. Un repas à la chandelle. C’est pas beau ça ?

Et personnellement, par son nom. Dans la culture musulmane, Roumi écrivait dans une de ses poésies.

Moine___ColombesJe suis allé frapper à la porte de ma bien-aimée, et elle m’a répondu : « Qui est là ? ». J’ai dit : « C’est moi ». « Vas, je ne te connais pas. ».

Et après avoir erré pendant des semaines et des mois dans le désert, je suis revenu frapper à la porte de ma bien-aimée, qui a dit : « Qui est là ? ». J’ai répondu : « C’est toi ! ». Alors elle m’a ouvert.

Quand le moi et le toi se confondent, quand on conjugue ensemble le moi et le toi, quand on tutoye Dieu, on découvre l’amour qui sait être présence. Et cette phrase extraordinaire que dit Jésus qui devrait bouleverser le monde : « Le royaume de Dieu est au dedans de toi ». Pauvres députés français de la communauté européenne qui se sont battus pendant des semaines pour que le nom de Dieu ne soit pas inscrit dans la constitution. Mais il est inscrit au cœur du cœur de chaque cellule de leur corps et ils ne le savent pas. Ce sont vraiment les plus malheureux des hommes, parce qu’ils ne connaissent pas le bonheur qu’il y a en eux. Ils sont des perles et ils croient qu’ils sont justes bon pour les pourceaux.

Daniel Ange disait que les presbytères devraient accueillir des étudiants pour partager la vie des prêtres et dynamiser leur vie de chrétien. Quels sont les lieux, les pépinières de tendresse que tu aimerais voir fleurir en France ?livre_01

J’ai pris l’habitude de ne pas aller voir ailleurs ce qui se passe, mais plutôt de regarder chez moi ce qui se passe. Et je voudrais dire aux gens qui ont envie d’être des pépinières pour des jeunes pousses, d’avoir beaucoup, beaucoup de courage. Parce que pas grand monde ne va les encourager à être ce qu’ils sont et à pouvoir réaliser leurs rêves. Parce qu‘on est dans un monde où il faut toujours entrer dans une institution, où il faut que l’étiquette corresponde au tiroir. Mais je ne sais pas ce que la vie va me demander de faire demain. Je ne sais même pas ce que la vie va me demander de faire dans une heure. Il faut tout simplement être ouvert, être accueillant et à ce moment là, toutes les occasions de vie peuvent être des occasions de grandir et donner aux autres envie de grandir.

Je pense à ce titre d’un journal qui traine sur mon bureau : « L’homme qui voulait le bonheur des autres ». C’est vrai que depuis 40 ans, je veux le bonheur des autres et j’essaye de leur donner. Et j’ai pu le donner chez moi à des milliers de gens.

Et là-bas quand je vais à Madagascar, en Inde ou en Haïti, il y aussi des milliers de gens. Je me suis retrouvé dans une prison où 700 gars sont en train de crever de faim. Je mesure de pouvoir leur donner à manger. D’abord le bonheur d’aller décharger le pousse-pousse où il y aura 100 kilos de viande, 200 kilos de riz, des pommes de terres, des bananes et du pain. De le décharger, d’assister à la cuisson de tout cela. Et pour leur donner à manger, ça m’impressionne tellement qu’il m’est arrivé de me mettre à genoux pour les servir comme si je leur donnais le corps du Christ. Et là c’est vraiment un bonheur énorme, un bonheur immense, dont eux savent nous remercier par le bonheur qu’il y a dans leurs yeux. Mais on ne peut pas imaginer à quel point la pauvreté dans le monde, cette misère crasse devient quelque chose d’épouvantable.

livre_02C’est l’Abbé Pierre qui faisait remarquer que là-bas à Madagascar, partout dès que l’on quitte la capitale, les rues qui sont sales, un bruit infernal, des cris, un air irrespirable. Brusquement on arrive chez les plus pauvres des pauvres, dans un village du Père Pédro sur le dépotoir et là il règne un silence…Tout est propre, dans les rues pavées, avec des pavés taillés à la main par les gens, il n’y a jamais un papier qui traine. Il n’y a jamais une feuille morte. Elles sont ramassées. On voit des oiseaux et des enfants qui jouent. Quand on voit les enfants sortir de l’école, ils sont silencieux et souriants, avec un cahier sous le bras. Chez le Père Pédro, ils ont chacun un ou deux crayon, alors qu’il y a des écoles à Madagascar où il y a un crayon pour 4 élèves. Quel bonheur pour ses enfants de rentrer à la maison. Oui, le bonheur ça existe, je l’ai vu.

C’est l’Abbé Pierre qui disait : « Le Père Pédro d’un enfer en a fait un paradis ». Quand on assiste à la messe chez le Père Pédro et qu’on voit des 3000 enfants de 3, 4, 5, 6, 8, 10 ans, être là, 3h entières subjugués par la Parole de Dieu, qu’ils chantent, qu’ils dansent. Ils écoutent le Père qui leur parle. Quand je vois le Père Pédro après avoir lu l'Évangile, le brandir et aller danser dans la foule en disant : « Acclamons la Parole de Dieu ! », ce n’est pas comme dans nos églises, il y a 6000 personnes qui l’acclament de toute la force et de leur voix.

Le bonheur est possible, la Bonne Nouvelle existe et c’est la même là-bas et ici, même si on ne la vit pas de la même façon.

Tous les mois tu animes une émission sur Radio Notre Dame, comment cela se passe-t-il ?

logoC’est sous forme d’interview, on me laisse choisir un thème et la plupart du temps ce thème c’est l’un de mes livres. Comme j’en ai écrit plus de 50, j’ai le temps de voir venir, et donc il m’arrive de lire quelques passages de ces livres, et surtout de répondre aux questions qui me sont posées par mes auditeurs et également par Chantal Bailly qui m'interviewe. Le prochain thème de cette conférence se sera : « Simplement aujourd’hui ». J’en ai un exemplaire devant moi et je l’ouvre au hasard, je tombe sur la date du 1er mai : « Si tu as des devoirs vis à vis des déshérités du corps, combien plus en as tu vis à vis des déshérités de l’âme. Seul l’amour que tu portes, même dans le silence, pourra atteindre leur soif, même inconsciente et les conduire à découvrir l’étincelle prête à les enflammer.

Et j’ai ainsi pour les 365 jours de l’année, écrit un petit texte, comme cela me venait à l’esprit le jour où je l’écrivais. Je tourne les pages et j’arrive au 21 juin : « Prends le temps aujourd’hui, regarde les rythmes de la nature : les abeilles et leur ruches, les oiseaux et leur migration. Partout tu découvriras une intelligence collective, l’intelligence cosmique du nous. Dans la sagesse d’un paysage découvres le Pays-Sage qui au fond de toi ose être amoureux d’un caillou, avant que d’être un homme. Paysage / Pays Sage, les mots disent les réalités. J’aime beaucoup jouer avec les mots. Par exemple désespoir, je l’ai écrit Des Espoirs. Pourquoi on écrit ça en un seul mot ?

Je ne suis pas surpris que tu aimes travailler avec les mots, car tu es potier et que tu fais des émaux. Tu travailles donc avec l’émaux !

Ah oui, tiens, je n’y avais jamais pensé à celle là !livre_03

Est-ce que l’on peut dire que La Demeure, c’est une Arche de Noé de la Tendresse ?

Et bien si c’est vraiment une arche de Noé de la Tendresse, ça m’amuse beaucoup, parce que Noé avait enfermé un couple de chaque bestiole dans son arche. Et les couples c’est fait pour faire des petits. Or j’espère que la Tendresse ici fait des petits et c’est aussi très contagieux.

Il fût une époque où dans le monde il y avait une vingtaine de maisons qui s'appelaient la Demeure, comme la maison que j’anime. C’était des gens qui étaient venu vivre ici quelque chose et qui ont éprouvé le besoin d’aller semer ça là-bas au loin. Et celles qui ont réussis, ce n’est pas celles qui ont essayé de m’imiter, c’est plutôt quand les gens sont resté eux-même, après avoir découvert ici une étincelle qui les a enflammé, qui les a animé. Il ne faut jamais imiter quelque chose, il faut vraiment être soi-m’aime.

Je discutait avant l’interview avec Monique qui t’assiste avec son mari. Elle me disait que la Demeure c’était aussi le carrefour de l’humanité. En reprenant un peu cette phrase de l’Abbé où il y a le meilleur de l’homme et le pire. Donc vivre à la Demeure, c’est choisir une vie de labeur ?

livre_04Et bien si on essaye de définir d’après la Bible, l’amour de Dieu, c’est un amour de Miséricorde. Et dans miséricorde il y a d’abord le mot misère. Et Dieu sait si dans cette maison on en a héberger de toutes les causes, de toutes les races, de toutes les cultures…

Quand on héberge un étranger sans papiers, on est condamné à 1700€ d’amende et 5 ans de prison. Moi je suis condamné à vivre 900ans. Et bien ce sont eux qui m’offrent cette survie d‘amour.

Et je viens de vivre quelque chose d’assez étonnant. Lorsque je suis arrivé il y a 40 ans à Croixrault, c’était pour fonder la communauté des frères handicapés qui se trouve tout près de chez moi avec le Père Guy-Louis. Il vient de décédé à l’âge de 97ans. Les bruits ont couru que le père de Croixrault était mort, et beaucoup de gens ont cru que c’était moi. Alors je reçois des lettres de condoléances. Vous ne pouvez pas savoir comme je suis un brave homme. Il y a notamment cette petite carte que je garde sur mon bureau : « Nous souhaitons au Père au paradis, tout le bonheur qu’il aura distribué sur la terre ». Quel bon programme et c’est ce programme là qui m’attends, et je m’en réjouis. Maintenant il peut m’arriver n’importe quoi, je suis rassuré.

Tu as ton fan club ?

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Oui, c’est ça ! Mais quand on voit les adresses de la Demeure et qu’il faut faire le courrier au moment de Noël pour présenter nos vœux, cela fait plus de 2400 lettres. Alors c’est aussi une responsabilité et c’est 2400 personnes ou couples qui ont découvert quelque chose et qui m’ont apporté quelque chose, et qui ont continué quelque chose.

Il y a aussi tous les gens qui font des dons pour le 1/3 monde, au Père Pédro, pour subvenir aux plus grandes misères. Le bonheur que j’ai la nuit, je suis obligé de me lever à 2h du matin pour faire mon travail, c’est le bonheur de remercier les gens. J’ai l’impression d’entrer dans la générosité de Dieu. J’en éprouve un bonheur énorme, un plaisir presque sensuel de remercier les gens. De dire : « Vous êtes bon de la bonté de Dieu. Ça vous rend beau de sa beauté ».

L’origine de tes livres provient du fait que tu veilles la nuit. Que tu es ainsi, un cœur qui veille et qui est en harmonie avec ceux qui sont beaux de la beauté de Dieu ?

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Ca a commencé par le petit livre du petit moine qui ne dors pas la nuit. Je prenais conscience que j’avais la chance d’être éveillé alors que tous les autres n’existaient pas du fait qu’ils dormaient. Ils étaient là, allongé à droite et à gauche et moi j’étais debout. Je me suis dit, parce que je souffrais d’insomnie, que si mon corps ne m’accordait pas de sommeil, c’est qu’il n’en n’avait plus besoin. Et moi je lui ai accordé du repos. Le vrai repos pour l’être humain c’est d’aimer, c’est de rêver, c’est d’aller plus loin que lui-même. Et puis de prier pour tous ces gens qui n’ont même pas conscience que Dieu existe, et qui sont là à dormir comme des marmottes. Et moi je suis éveillé pour eux. Je fais des heures supplémentaires. Et puis la nuit il n’y a pas de règlements, il n’y a plus de rituels pour atteindre le spirituel. Là on est à un autre niveau. On est au cœur de Dieu. Et la nuit c’est souvent un moment idéal. C’est un moment pour la liberté de penser, on n’a plus de compte à personne qu’à sa conscience. Et je passe des moments merveilleux la nuit, en face de moi-même.

Il n’y a pas de tendresse sans miséricorde. Peut-on penser que ce sont les 2 ventricules du cœur aimant de Dieu ?12

Cela me fait penser à l’une des Béatitudes, qui a été traduite par André Chouraqui. « Bienheureux les miséricordieux » est traduit par « bienheureux les matricielles ». Ceux qui reçoivent la misère des autres dans leur ventre comme une maman pour mettre au monde. C’est féminin la miséricorde et la tendresse aussi. Il faut la mettre au monde. Il faut se mettre au monde à travers ses propres sentiments de bonté et de miséricorde. On ne peut pas prononcer le mot tendresse sans avoir un visage émerveillé. Tout comme quand on prononce le mot ‘grimace’, on est grimaçant. Quand on dit le mot ‘paix’ on aspire à la paix. Les mots portent la musique du message qu’ils ont en eux. Et j’aime beaucoup rêver les mots. C’est comme ça que j’ai écrit un livre : « Le dictionnaire amoureux des mots ». Quand ont m’interviewais à Radio Notre Dame on me disait : « Mais comment amoureux ? ». Et je réponds qu’un homme qui n’est pas amoureux ce n’est pas un homme. Un moine qui n’est pas amoureux ce n’est pas un moine. Un célibataire qui n’est pas amoureux ce n’est pas un célibataire. Et un vieux qui n’est pas amoureux…alors lui, c’est un pauvre vieux.

133C’est rajeunir de jouer avec les mots comme un enfant. J’ai un jour eu cet émerveillement, de voir un petit, devant un rayon de soleil qui passait par le trou de la serrure, qui jouait avec. Et je voyais ses mains s’éclairer par le halo lumineux, puis brusquement la lumière disparaissait et quand il réintroduisait ses mains dans le rayon lumineux, c’était beau. Cet enfant était émerveillé jusqu’au moment où il a mis les mains derrière le dos, il s’est penché et c’est son visage qui a été éclairé par le faisceau lumineux. Ca c’est une histoire que l’on ne peut pas inventer, il faut en avoir été témoin. En voyant cela, ça m’a tellement émerveillé que je me disais : « Ca doit être ça la vie ! ». Chercher ce halo lumineux qu’est la lumière de Dieu. Elle est en nous, elle vient d’ailleurs et elle sors de nous. On est comme un miroir qui reflète. On n’est pas lumière nous même, mais on reflète la lumière de Dieu.

Tu es un potier donc un homme qui façonne. Est-ce que l’on peut faire une comparaison entre les mains et les lèvres et dire que les lèvres de Dieu ont façonné le monde créé en 7 jours, au même titre qu’il façonne l’homme avec ses mains ?

Lorsque l’on prend les textes de la création, Dieu a pris un morceau d’argile qu’il a façonné et il souffla à l’intérieur le souffle divin. Ce sont ses mains d’abord et son souffle et ses lèvres. J’ai écrit récemment pour Noël un conte que j’aime beaucoup. C’est l’histoire de cette vieille mamie qui se regarde dans le mirroir et elle s’aperçoit qu’elle a le visage tout ridé. Elle se souvient du temps où elle était petite fille et jouait à rider son visage pour voir comment elle allait être quand elle allait être vieille. Alors là, elle s’est approché du miroir et elle a déridé son visage. Elle a regardé ses yeux qui depuis son enfance étaient transparent à la lumière. Elle a regardé ses lèvres et elles n’avaient pas pris de rides avec le temps. Et elles étaient jeunes de tous les mots d’amour qu’elle avait prononcé. Alors elle s’est penché vers le miroir et les yeux dans les yeux, les lèvres contre ses propres lèvres, elle a osé se prononcer pour la 1ère fois de la vie, à elle même : « Je t’aime !».

L’image du vitrail a parfois été utilisée pour décrire le chrétien, mais en fin de compte ce vitrail n’est-ce pas toute personne, qui est un frère ou une sœur en humanité ? Comment être vitrail ? Pas un vitrail qui se regarde sur lui-même au risque de se craqueler mais un vitrail qui projette ses couleurs pour les donner à ses proches quelqu’ils soient. En étant ces morceaux de verres qui sont couleurs dans la vie des autres, j’aime à penser à cette phrase d’une chanson de Yannick Noah : « Redonnes à la vie toutes ses couleurs ». N’y a-t-il pas une dimension artistique dans la façon d’aimer ?

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Quand on me demande de définir par quelques mots mon activité à ‘La Demeure’ depuis de longues années je réponds : « Faire du beau pour faire du bien ! ». D’ailleurs en grec callos et cagatos étymologie de beau et bien sont synonymes. On ne sait pas si à la création du monde, il faut traduire par « Et Dieu vit que cela était beau » ou « Et Dieu vit que cela était bon ». Mais si c’est bon c’est certainement beau. Il n’y a pas de bonté qui soit laide. Et pouvoir faire du beau dans sa vie, avoir des relations agréables avec les autres pour recréer Dieu, pour lui faire sa récréation, pour qu’il s’amuse d’être avec les hommes. Alors souvent il doit bien s’ennuyer sur notre terre, et être bien triste. Il n’est pas transparent à lui.

Vitrail ce sont des tâches de couleurs qui ne sont belles que lorsque la lumière passe au travers. C’est une absolue nécessité. On peut c’est vrai avec toutes les facettes qu’à un visage d’homme, ressembler à un miroir. Il ne peut attirer que si la lumière de Dieu passe au travers et à ce moment là, on ne dit pas le vitrail est beau mais la lumière est belle. Et c’est à la lumière qu’on s’arrête. Chaque fois que je fais des vitraux dans une église, je n’ai pas cherché à faire de beaux vitraux qu’on admire, j’ai cherché à créer dans la pièce une ambiance de recueillement et rarement on a dit les vitraux sont beaux, mais les gens disent : « Ah qu’est-ce qu’on est bien dans ce lieu là »…un lieu de recueillement.

Tu as pour amie Nicole Rieu qui a eu en 1975 l’Eurovision avec la chanson ‘Et bonjour à toi l’artiste’. A chaque messe tu passes l’une de ses chansons…

Notemment le chant ‘Marie’ qui est tellement beau. Je n’ai jamais vu qui que ce soit dans la chapelle où je célèbre qui soit franc-maçon, qui soit croyant, qui soit protestant, qui soit catholique, hindou, musulman, ne pas vibrer en entendant ce chant de Marie. Et ça a été une découverte pour moi. Son dernier disque s’intitule : « Être et c’est tout ». Quand on prend conscience de ça, le royaume de Dieu est au dedans de toi. C’est tout ce que Dieu nous demande. Il y a des messages d’amour d’une simplicité qui sont bouleversants. Elle est prêtre dans la chanson. Elle est prophète quand elle chante : « Qui réveillera les anges qui dorment en nous ». On a un monde d’anges qui dansent à l’intérieur de nous. On ne leur laisse ni la parole ni la possibilité de bouger, alors on ne bouge plus non plus. Mais ça ferait des soubresauts si on les laissait vivre. Si on leur faisait confiance. D’ailleurs traditionnellement, on apprenait au catéchisme qu’on avait un ange gardien, mais on a un troupeau d’anges gardiens ! Ils sont tout prêt à nous rendre les services qu’on veut, mais on les oublie, on les laisse dans leur coin.

Qui réveilleras les anges qui dorment en nous ?

La dimension artistique que l’on a au cœur de soi-même est peut-être celle de faire vibrer harmonieusement comme des cordes, les dons de l’Esprit-Saint. André-Marie, cela passe aussi pour toi par de nombreuses amitiés avec des artistes.

Quel est le rapport par exemple que tu as avec Nicole Rieu, que tu as l’opportunité de connaitre ?

On se regarde les yeux dans les yeux et on se dit merci, on se dit qu’on s’aime bien. Puis je l’écoute, et je parle d’elle et elle parle de moi. Mais c’est beaucoup plus serein et mystérieux et spirituel que ça. Être et c’est tout. Combien je suis heureux à chaque célébration de voir brusquement le visage de personnes s’apaiser en écoutant ses chants. Quand je lui ai demandé si je pouvais me servir de ses chansons, quand je passe à la radio, elle m’a répondu : « André-Marie, je ne te le permets pas, je te supplie de le faire. J’ai aussi beaucoup d’autres amis artistes comme ça, et notamment Jean-Pierre Bonsirvin qui a vécu ici 4 ans et qui chante des chansons extraordinaire, et puis bien d’autres comme Jean-Claude Gianadda qui est un ami très cher.


Pour te retrouver sur le web : www.pereandremarie.com